Dans cet espace vous pouvez

- soit faire une recherche avancée sur tous les points de presse et déclarations de politique étrangère

 

- soit sélectionner une date 


Déclarations officielles de politique étrangère du 25 novembre 2024


Sommaire



1. Maurice - Entretien de M. Emmanuel Macron, Président de la République, avec M. Navinchandra Ramgoolam, Premier ministre de la République de Maurice - Communiqué de presse de la présidence de la République (Paris, 22/11/2024)

Le Président de la République s'est entretenu avec M. Navinchandra Ramgoolam, Premier ministre de la République de Maurice, ce vendredi 22 novembre 2024.

Le Président de la République a présenté ses félicitations au Premier ministre nouvellement nommé, à la suite de la victoire de la coalition de l'Alliance pour le changement aux élections générales du 10 novembre 2024.

Les deux dirigeants ont échangé sur leurs priorités communes pour la relation bilatérale qui est très dense ainsi que pour la coopération régionale dans l'océan Indien, où nos deux pays font face à des enjeux communs./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

Retour sommaire


2. Politique étrangère - Entretien de M. Jean-Noël Barrot, ministre de l'Europe et des affaires étrangères, avec "France 3" (Paris, 24/11/2024)

Q - Jean-Noël Barrot, bonjour.

R - Bonjour.

Q - Vous êtes ministre de l'Europe et des affaires étrangères. Il y a quelques mois, vous n'étiez qu'à l'Europe, maintenant vous avez le monde, j'allais dire, sous votre responsabilité. L'Ukraine, justement. Cette semaine, la Russie a tiré un nouveau missile hypersonique vers l'Ukraine, en réponse aux Etats-Unis qui ont autorisé l'armée ukrainienne à utiliser des missiles à longue portée pour attaquer la Russie. Les Américains ont également livré des mines antipersonnel. Vladimir Poutine, dans une déclaration solennelle jeudi, a mis en garde contre un risque de guerre mondiale. Le président russe a dit qu'il n'exclut pas de frapper les pays occidentaux. Alors, première question : est-ce qu'il faut prendre les menaces de Vladimir Poutine au sérieux ?

R - Vladimir Poutine nous a habitués depuis deux ans et demi - tout le monde l'a entendu, tous les Français l'ont entendu - à agiter une rhétorique escalatoire, et même une rhétorique nucléaire, pour susciter de l'inquiétude auprès des alliés de l'Ukraine. Alors, ne nous laissons pas intimider et rappelons à Vladimir Poutine qu'il doit tenir son rang, qu'il doit se hisser au niveau de ses responsabilités de pays membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies, de pays doté de l'arme nucléaire et qui donc a une responsabilité dans la stabilisation de l'ordre international, alors que là, il se comporte depuis deux ans et demi - et singulièrement depuis quelques jours - comme un agent déstabilisateur.

Q - Alors la France, de son côté, va-t-elle autoriser l'Ukraine à utiliser des missiles français pour viser la Russie ?

R - Le Président de la République, au mois de mai dernier, lorsqu'il s'est rendu en Allemagne, a exprimé très clairement que l'Ukraine doit pouvoir neutraliser des cibles militaires en Russie lorsque ces cibles permettent à la Russie d'agresser les Ukrainiens. C'est un principe de légitime défense et il est reconnu par le droit international.

Q - Et même avec des missiles, s'il le faut ?

R - Même avec des missiles s'il le faut.

Q - Ça veut dire que la France vend des missiles ou livre des missiles à l'Ukraine ?

R - Nous assumons une certaine ambiguïté stratégique, c'est-à-dire que...

Q - Vous ne dites pas tout.

R - Nous ne disons pas tout. Nous ne fixons pas de ligne rouge par avance et nous ne disons pas ce que nous faisons ou ce que nous ne faisons pas.

Q - Mais ce que vous avez dit très clairement là, c'est que s'il doit y avoir des missiles français utilisés de la part de l'Ukraine pour viser la Russie, il n'y a pas d'interdiction.

R - Je vous renvoie aux propos du Président de la République au mois de mai dernier. La ligne de la France n'a pas changé.

Q - Donc c'est la même [ligne] que je viens de résumer ?

R - C'est la ligne que le Président a exprimée et que je vous ai réitérée à l'instant.

Q - Volodymyr Zelensky, lui, demande du renfort militaire en plus. Est-ce que la France va y participer ?

R - Absolument, parce que c'est notre intérêt. Il y a dix jours, je me suis rendu dans l'un de nos camps militaires avec Sébastien Lecornu, ministre des armées, pour rendre visite aux 2.300 soldats ukrainiens qui ont été formés et équipés dans notre pays. C'est la première fois que nous formons une brigade complète de soldats étrangers depuis la Première Guerre mondiale.

Q - Et opérationnels...

R - Ces soldats vont rentrer en Ukraine dans quelques jours pour regagner le front, armés par des équipements français. Et puis dans quelques semaines...

Q - Ça veut donc dire qu'il y aura des troupes françaises au sol ?

R - Ce sont des soldats ukrainiens que nous venons de former...

Q - D'accord, mais est-ce qu'il y aura aussi à côté d'eux...

R - ...qui ont été formés et équipés avec du matériel français.

Q - Il y aura aussi, à côté d'eux, des Français au sol ?

R - Et dans quelques semaines, c'est le Mirage français qui volera dans le ciel de l'Ukraine, conformément aux engagements qu'Emmanuel Macron a pris devant le président Zelensky au mois de juin dernier.

Q - On va parler du Proche-Orient. Israël poursuit ses bombardements au Liban. Hier, à Beyrouth, un immeuble résidentiel a été détruit, faisant plus de 50 morts. L'ambition, c'est, de la part d'Israël, de détruire le Hezbollah, considéré comme l'un des ennemis d'Israël, au même titre que le Hamas. La position de la France, c'est le cessez-le-feu, que ce soit à Gaza ou au Liban. Vous le répétez régulièrement, vous aussi, à l'Assemblée nationale. Mais pour l'instant, ça n'a aucune conséquence. Qui peut influencer, faire entendre raison à Benyamin Netanyahou ?

R - Depuis deux mois, depuis le début de cette incursion terrestre israélienne au Liban - qui provoque, dans ce pays déjà si fragile, des conséquences très lourdes et qui me préoccupe très vivement -, nous avons, avec nos partenaires américains, proposé une formule pour que cesse le feu, mais aussi pour que, durablement, la paix puisse revenir au Liban, que la souveraineté du Liban puisse être garantie, de même que la sécurité d'Israël, et pour que les déplacés des deux côtés, les personnes qui ont dû quitter leur foyer à cause des hostilités, puissent y rentrer.

Q - Sauf que rien ne change.

R - Je constate qu'après de nombreux échanges avec toutes les parties en présence, une fenêtre d'opportunité est en train de s'ouvrir, et j'appelle toutes les parties à s'en saisir.

Q - Pourquoi ? Qu'est-ce qui a changé ? Quelle est cette fenêtre d'opportunité ?

R - C'est qu'à force de diplomatie, à force de travailler, avec les parties en présence, sur les paramètres qui permettent d'assurer à la fois la sécurité d'Israël mais aussi l'intégrité territoriale du Liban, nous sommes, je crois, en train de parvenir à une solution qui peut être acceptable par toutes les parties et qu'elles doivent saisir, pour que le feu cesse et pour que la catastrophe humanitaire cesse également.

Q - Et qui peut aboutir à cesser le feu... Je vous trouve optimiste.

R - Je suis prudent. Je constate juste qu'une fenêtre d'opportunité est en train de s'ouvrir.

Q - Donc ça voudrait dire que ça pourrait être rapide ?

R - Il appartient aux belligérants de s'en saisir.

Q - Et Benyamin Netanyahou en premier lieu, non ?

R - Bien sûr.

Q - Mais est-ce que... Justement, jusqu'à maintenant, ça n'a eu aucun effet, les rappels à l'ordre ? C'est pour ça que je dis que je vous trouve optimiste.

R - Je ne vous parle pas de rappel à l'ordre, Francis Letellier.

Q - D'accord.

R - Je vous parle d'une formule permettant le cessez-le-feu et plus durablement, dans le long terme, la stabilisation du Liban et la sécurité dans le sud du pays. C'est cela, sur quoi nous avons travaillé. Et nous nous en sommes donnés les moyens, puisque vous savez qu'un mois après le début de ces opérations terrestres, c'est-à-dire il y a un mois jour pour jour, nous avons accueilli à Paris la première conférence internationale de soutien au Liban, où nous avons levé plus d'un milliard de dollars, dont 800 millions pour l'aide humanitaire aux populations déplacées et 200 millions pour le renforcement des forces armées libanaises, qui joueront un rôle décisif pour faire appliquer le cessez-le-feu - et durablement - pour garantir la sécurité du sud du pays.

Q - À propos de Benyamin Netanyahou toujours ; la Cour pénale internationale a lancé des mandats d'arrêt contre lui, le Premier ministre israélien, et son ex-ministre de la Défense, Yoav Gallant, pour crimes de guerre, de famine comme méthode de guerre, ainsi que des crimes contre l'humanité, de meurtre, de persécution, d'actes inhumains. Que va faire la France ? Est-ce que la France va respecter à la lettre la décision de la Cour pénale internationale ?

R - D'abord, il faut rappeler ce que c'est que cette décision. C'est la formalisation d'une accusation. Ça n'est pas un jugement, à ce stade. La France est très attachée à la justice internationale et très attachée à ce que la Cour pénale internationale puisse travailler en toute indépendance. Et ce que nous disons depuis toujours, c'est qu'Israël a le droit de se défendre, dans le respect du droit international. Et chaque fois qu'Israël a violé le droit international - en privant les populations d'accès à l'aide humanitaire, en bombardant les populations civiles, en organisant des déplacements forcés de populations ou en incitant la colonisation de la Cisjordanie - nous l'avons dénoncé et nous l'avons condamné avec la plus grande fermeté.

Q - Donc vous donnez raison à la Cour pénale internationale ?

R - Je ne me substitue, en aucun cas, à la Cour pénale internationale.

Q - Non mais quand vous dites : "quand il y a des circonstances, il faut que ce soit condamné." Donc la Cour pénale internationale a condamné ce que vous dites là ?

R - La Cour pénale internationale a émis un mandat d'arrêt, qui est la formalisation d'une accusation qui est portée à certains responsables politiques israéliens.

Q - Si Benyamin Netanyahou vient en France, il sera arrêté ?

R - La France appliquera toujours le droit international.

Q - Donc il sera arrêté, s'il vient en France ?

R - C'est une question hypothétique, à laquelle je ne vais pas répondre tant qu'elle est hypothétique.

Q - Mais sur le fond, sur l'idée, si Benyamin Netanyahou devait venir en France, il serait arrêté ?

R - Je peux revenir sur le fond si vous voulez. Notre position est claire, elle est constante. La position du Gouvernement français, qui joint toujours les actes à la parole, consiste à dire qu'Israël a le droit de se défendre dans le respect plein et entier du droit international...

Q - Mais que la France applique aussi les décisions de la Cour pénale internationale ?

R - La France applique toujours le droit international.

Q - La COP29 qui s'est terminée - sur le climat - cette nuit en Azerbaïdjan. 300 milliards par an pour les pays les plus pauvres afin de les aider à s'adapter aux inondations, canicules notamment, et pour les aider à investir dans des industries moins polluantes. Pour la ministre de la transition écologique, ce n'est pas assez, c'est même un échec. Elle parle du point de vue, j'allais dire, écologique. Vous, du point de vue diplomatique, qu'est-ce que vous en retenez de cette COP29 ?

R - Je retiens qu'il y a eu des progrès, mais qu'Agnès Pannier-Runacher a raison de dire que le résultat est décevant, que nous devons faire beaucoup plus parce que les conséquences du dérèglement climatique, nous les vivons désormais au quotidien. Regardez les inondations dévastatrices en Espagne et, quelques semaines plus tôt, celles que nous avons connues dans certaines régions de France. Il nous faut donc agir beaucoup plus et beaucoup plus fort. Et c'est pourquoi nous nous projetons avec beaucoup d'ambition et beaucoup de résolution sur l'année 2025, qui sera la COP de...

Q - COP30 au Brésil.

R - COP30 à Belém, au Brésil, qui sera marquée par le 10e anniversaire de l'Accord de Paris qui a été signé dans notre pays et grâce à la diplomatie française. Et ce sera aussi l'occasion pour nous, à Nice, au mois de juin, d'accueillir la très grande Conférence des Nations unies sur l'Océan, qui a vocation à être pour l'Océan ce que l'Accord de Paris a été pour le climat.

Q - Les agriculteurs français manifestent depuis plusieurs jours et d'autres actions sont attendues la semaine prochaine. Ils craignent l'arrivée en masse de produits d'Argentine ou du Brésil si le Mercosur est signé, en plus de leurs problèmes quotidiens.

(...)

Q - Jean-Noël Barrot, on voit la ministre de l'agriculture, Annie Genevard, aux avant-postes sur le Mercosur pour répondre aux agriculteurs. Mais le Mercosur, ce n'est pas que l'agriculture. Faut-il tout bloquer, tout le Mercosur, pour sauver l'agriculture ?

R - Personne ne peut rester sourd à la détresse - que nous avons entendue dans votre reportage - des agriculteurs, qui n'en peuvent plus de la bureaucratie qui pèse sur leurs épaules et de la concurrence déloyale des importations qui viennent d'ailleurs. Alors oui, il nous faut un accord avec ces pays du Mercosur pour que nos agriculteurs, nos industriels, nos entreprises puissent y exporter leur production. Mais non, nous n'acceptons pas le traité en l'état. Et je vais même aller un petit peu plus loin. Le Mercosur aurait pu être signé il y a belle lurette. Si cela n'a pas été le cas, c'est parce que le Président de la République a pesé de tout son poids dans la balance. Et aujourd'hui, le Gouvernement est pleinement mobilisé. Vous avez entendu la ministre de l'agriculture, le Premier ministre, qui s'est rendu lui-même à Bruxelles pour rencontrer la présidente de la commission. Et ce que je constate, c'est que nous ne sommes plus si isolés que cela puisque certains pays européens commencent à se rapprocher de nos positions.

Q - Lesquels ?

R - Vous en avez cité certains dans l'entretien précédent.

Q - Non mais c'est-à-dire ? Lesquels ?

R - L'Italie se pose des questions, la Pologne se pose des questions. Mais ce qui est très nouveau, c'est que nous avons entendu aujourd'hui la présidente du Parlement européen...

Q - Roberta Metsola.

R - ...exprimer la nécessité absolue de se laisser du temps pour préserver les intérêts des agriculteurs. Et puis le Président de la République, qui était la semaine dernière en Argentine, a pu entendre de la part de Javier Milei, le Président de l'Argentine, ses réserves, lui aussi, sur certaines dimensions.

Q - Donc vous dites que ce ne sera pas signé du jour au lendemain, cette histoire ?

R - Il faut le retravailler, de toute évidence.

Q - Et on peut se donner du temps pour ça, des années ?

R - Je crois que c'est important.

Q - Mardi aura lieu à l'Assemblée nationale et au Sénat un débat sur le Mercosur, avec probablement une unanimité contre. Qu'est-ce que ça changera à vos yeux, cette unanimité de la représentation nationale ?

R - D'abord, c'est toujours sain et naturel que nous puissions débattre des questions de commerce international au Parlement. Ensuite, ce que ça démontrera, c'est l'unanimité des Français derrière leurs agriculteurs. La France refusera toujours que l'agriculture soit une variable d'ajustement.

Q - En attendant, il y a un autre dossier qui va revenir, c'est l'immigration. En Europe et en France, c'est un sujet central. Et fin janvier, Bruno Retailleau veut relancer une loi, avec notamment l'automaticité du droit du sol qui serait remis en cause, qui durcit les conditions d'obtention des titres de séjour et qui met fin à l'aide médicale d'Etat -j'insiste là-dessus parce que ça fait débat au sein du socle central. Vous êtes du MoDem vous-même. Pour vous, d'abord, est-ce que cette loi est une urgence ?

R - Je crois que la priorité des priorités, c'est d'appliquer les textes que nous avons déjà adoptés.

Q - Donc, il n'y a pas d'urgence ?

R - En janvier dernier, on a adopté une loi sur l'immigration. Il faut que nous puissions prendre les décrets, et je dois en prendre ma part. C'est-à-dire que nous devons prendre les textes qui permettent à la loi d'être appliquée.

Q - Donc il n'y a pas d'urgence à faire une autre loi ?

R - Nous avons, au mois de juin, adopté un pacte, une série de lois européennes sur l'immigration. Il faut commencer par les appliquer.

Q - Donc il n'y a pas besoin d'une autre loi pour l'instant, si je vous entends ?

R - Ça sera au Premier ministre d'en décider le moment venu, mais faisons les choses dans l'ordre.

Q - Et l'aide médicale d'Etat, vous, à titre personnel, vous pensez qu'il faut la supprimer ?

R - Commençons par appliquer les lois que nous nous sommes données, les outils que nous avons cherché à obtenir pour mieux gérer cette politique et faire en sorte qu'elle soit à la hauteur des attentes des Français.

(...)

Q - Jean-Noël Barrot, vous réagissiez tout à l'heure en regardant le reportage, en vous voyant quelques années avant. Vous disiez que quand vous étiez candidat sur une liste aux européennes, c'était la liste de Michel Barnier, à l'époque ?

R - La première campagne électorale à laquelle j'ai participé, c'était sur la liste de Michel Barnier en 2009, pour les élections européennes.

Q - Un Président omniprésent à l'international. Cette semaine, l'ambassadeur de France en Haïti a été convoqué après les propos d'Emmanuel Macron, captés en marge du G20 au Brésil, concernant la situation politique en Haïti.

(...)

Q - L'ambassadeur français a reconnu que les propos étaient malheureux, pour le moins.

R - Dans la période que nous vivons, où la situation est grave - la guerre est à nos portes, la planète est en ébullition, la Chine et les Etats-Unis nous prennent de vitesse, la démocratie est attaquée de toutes parts par des ennemis, à l'intérieur comme à l'extérieur - et nous, nous nous regardons le nombril et nous passons du temps sur des controverses de second ordre. Ce que je retiens, s'agissant d'Haïti, c'est le discours très clair qui a été celui du Président de la République et qui a exprimé, une nouvelle fois, notre soutien aux Haïtiens, à la population haïtienne, qui est un soutien très concret, en matière humanitaire mais aussi en matière sécuritaire.

Q - On revoyait aussi les images de l'incident il y a quinze jours à peu près à Jérusalem, où des gendarmes français qui ont encadré votre déplacement ont été arrêtés par la police israélienne. Est-ce que ça reste un épisode traumatisant pour vous, ça ?

R - C'est un épisode qui ne doit certainement pas se reproduire.

Q - C'est sûr. Mais vous aviez la voix blanche, on vous entendait. C'était traumatisant, à ce moment-là ?

R - Ce qui m'a choqué profondément, ce n'est pas tant le sort qui était réservé à moi-même, mais plutôt celui qui a été réservé à nos gendarmes. Mais le plus important, c'est que cet incident ne se reproduise pas. Et c'est dans ce sens que j'ai engagé des discussions avec mon homologue, le ministre des affaires étrangères d'Israël, pour que nous puissions nous mettre d'accord sur un protocole pour que, lorsque des autorités françaises sont en déplacement à Jérusalem et se rendent dans les domaines qui sont placés sous la responsabilité et la protection de la France, elles puissent le faire en toute sécurité, sans que ces incidents n'aient à se reproduire.

Q - Les députés ont voté, cette semaine, pour une proposition de la France insoumise de créer un groupe d'amitié France-Palestine. Êtes-vous favorable à ce groupe d'amitié France-Palestine ?

R - C'est une décision du Parlement, de l'Assemblée nationale...

Q - Oui, mais philosophiquement ?

R - Je suis trop respectueux de l'institution pour émettre un jugement. Par définition, si l'Assemblée nationale a pris cette décision, c'est une décision démocratique et je la respecte.

Q - Il peut vous aider, ce groupe d'amitié France-Palestine, en tant que ministre des affaires étrangères ? Ça peut créer des liens ?

R - En tout cas, je travaillerai avec ce groupe - comme avec tous les autres groupes - parce que la diplomatie, elle ne se fait pas qu'au Quai d'Orsay. Elle se fait aussi par l'action décisive des parlementaires, députés et sénateurs, des commissions des affaires étrangères, mais aussi des groupes d'amitié qui, au quotidien, se rendent dans les pays pour passer un certain nombre de messages. C'est une dimension très importante de notre politique étrangère.

Q - Donc bienvenue. Gabriel Attal a écrit Il y a Yaël Braun-Pivet, la présidente de l'Assemblée nationale, pour dire qu'il était contre ce groupe parce que, dit-il, entre autres, la France ne reconnaît pas l'Etat de Palestine. Donc est-ce qu'il faut que la France reconnaisse rapidement l'Etat de Palestine ?

R - Nous avons toujours dit que nous le ferions le moment où, par des reconnaissances mutuelles, des garanties de sécurité, nous pourrions participer à construire cette solution politique, la seule susceptible de ramener la paix et la sécurité et la stabilité dans la région, celle qui repose sur deux Etats, un Etat d'Israël et un Etat de Palestine, vivant côte à côte, en paix et en sécurité.

(...)

Q - On va parler d'Elon Musk, propriétaire de X, ex-Twitter, accusé de désinformation, de mener des campagnes de harcèlement en ligne, proche de Donald Trump. Quand vous étiez ministre en charge du numérique - c'était aussi l'un de vos postes avant -, vous aviez menacé de faire interdire Twitter dans l'Union européenne. Est-ce qu'on s'en approche ?

R - Non, je n'ai pas menacé de faire interdire Twitter.

Q - Vous avez dit si...

R - Non. J'ai constaté que nous avions pris, en Europe, des lois qui imposent certaines obligations aux réseaux sociaux - et c'est heureux - et que si les réseaux sociaux ne les respectent pas, alors ils peuvent être bloqués. Et je vois un certain nombre de personnalités, des médias ou politiques, qui disent : "je quitte Twitter". Moi, ma réponse, elle est claire : ce n'est pas à nous de quitter Twitter, c'est à Twitter de quitter l'Europe si Twitter ne sait pas respecter les règles que nous lui avons fixées.

Q - Et puis parce que quand on est ministre ou homme politique, c'est difficile de se passer de Twitter, aussi ?

R - Il y a d'autres réseaux sociaux.

Q - Oui, mais c'est une vraie force de frappe.

R - Il y a d'autres réseaux sociaux. L'idée n'est pas de se satisfaire de ce qu'est devenu Twitter. La Commission européenne a désormais des leviers, l'Europe a désormais des leviers pour imposer un certain nombre de règles sur Twitter. Si elles ne sont pas respectées, alors Twitter pourrait être banni de l'Union européenne.

Q - Donc vous confirmez. Je voudrais vous parler de Boualem Sansal, l'écrivain franco-algérien, prix Goncourt. On n'a plus de nouvelles de lui depuis plusieurs jours. Selon son éditeur, il a été arrêté à l'aéroport d'Alger. Est-ce que vous êtes inquiet ?

R - Le Président de la République a exprimé sa vive préoccupation. Je la partage. De très nombreux Français la partage. C'est pourquoi les services de l'Etat sont mobilisés, à tous les étages, et que nous suivons - je suis personnellement - sa situation, d'heure en heure.

Q - C'est la seule réaction, parce que pour l'instant il y a eu silence radio de la part des autorités de l'Etat. Donc vous dites, vous : "C'est suivi, minute par minute" ?

R - Vous me réinviterez si vous le souhaitez pour que je puisse commenter, le moment venu.

Q - Merci, Jean-Noël Barrot, d'avoir accepté notre invitation./.

Retour sommaire


3. Royaume-Uni - Discours de M. Jean-Noël Barrot, ministre de l'Europe et des affaires étrangères, à l'occasion de son déplacement au Royaume-Uni (Londres, 22/11/2024)

Merci beaucoup, Monsieur le Ministre et cher David, pour votre accueil.

Cette amitié franco-britannique a 120 ans, les 120 ans de l'Entente Cordiale que nous avons célébrée cette année des deux côtés de la Manche, et plus que jamais dans une période où le monde est frappé par le retour de la brutalité.

Le Royaume-Uni et la France se tiennent côte à côte pour défendre la justice, pour défendre le droit international et pour être des acteurs de la paix, des acteurs de la défense du multilatéralisme, et des acteurs de la sécurité.

Ces deux derniers mois, nous nous sommes rencontrés à de nombreuses reprises avec David sur les sujets que nous portons ensemble au Conseil de sécurité des Nations unies ou, encore tout récemment, cette semaine à Varsovie où, avec les Européens, nous avons abordé les questions qui touchent à la sécurité du continent.

Et, dans le cadre de notre relation bilatérale, nous avons encore beaucoup de souhaits communs d'approfondir nos échanges pour que nous puissions nous renforcer et poursuivre ce que nous avons, par le passé, réussi à accomplir ensemble.

Merci encore pour cet accueil et je me réjouis des échanges que nous allons avoir./.

Retour sommaire


4. Ukraine - Entretien de M. Jean-Noël Barrot, ministre de l'Europe et des Affaires étrangères, avec M. Andrii Yermak, chef du bureau présidentiel de l'Ukraine - Communiqué du ministère de l'Europe et des affaires étrangères (Paris, 22/11/2024)

Le ministre de l'Europe et des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a reçu le 22 novembre M. Andrii Yermak, chef du bureau du Président Zelensky. Le ministre a rappelé à cette occasion que la France continuera de soutenir l'Ukraine aussi longtemps et intensément que nécessaire pour faire échec à la guerre d'agression que la Russie mène depuis désormais plus de 1000 jours./.

Retour sommaire


5. Iran - Déclaration conjointe des gouvernements du Quad sur la Résolution du Conseil des gouverneurs de l'AIEA sur l'Iran (Vienne, 23/11/2024)

=Traduit de l'anglais=

Les gouvernements de l'Allemagne, des Etats-Unis, de la France et du Royaume-Uni saluent l'adoption par le Conseil des Gouverneurs de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) d'une résolution sur l'Iran. Cette résolution fait suite au refus persistant de l'Iran de coopérer avec l'AIEA afin de clarifier les questions en suspens liées à la détection de matières nucléaires non déclarées sur plusieurs sites en Iran. Ces questions en suspens sont essentielles pour permettre à l'Agence de s'assurer de la nature exclusivement pacifique du programme nucléaire iranien. Conformément à son accord de garanties conclu dans le cadre du Traité sur la non-prolifération nucléaire (TNP), l'Iran est légalement tenu de coopérer pleinement avec l'AIEA et de rendre compte de l'ensemble de ses matières et activités nucléaires.

Dans sa résolution de juin dernier, le Conseil des Gouverneurs a déclaré que si l'Iran refusait de coopérer pleinement avec l'Agence pour régler l'ensemble des questions en suspens en matière de garanties et mettre en oeuvre les obligations qui lui incombent conformément à son accord de garanties généralisées, de nouvelles mesures seraient nécessaires. Cela fait suite aux demandes répétées du Conseil, qui, depuis plusieurs années, exhorte l'Iran à régler ces questions. Malgré les efforts continus du Directeur Général de l'AIEA pour engager un dialogue substantiel, l'Iran n'a pas fourni les informations nécessaires ni apporté sa coopération, préférant répondre aux demandes du Conseil par des menaces et des provocations. Depuis 2019, l'AIEA cherche à clarifier les questions en suspens relatives aux garanties et à réaliser des avancées dans ce domaine. Or, depuis près de cinq ans, l'Iran a systématiquement refusé de mettre en oeuvre ses engagements pris envers l'Agence.

Avec cette nouvelle résolution, le Conseil des Gouverneurs de l'AIEA réaffirme qu'il est essentiel et urgent que l'Iran règle ces questions. Il réitère également son soutien à l'Agence dans les efforts qu'elle déploie pour engager l'Iran dans cette voie. Cette résolution intègre une demande à l'Agence de produire une évaluation complète et actualisée des résultats obtenus par l'AIEA après cinq années d'enquêtes. Nous espérons que l'Iran saisira l'opportunité jusqu'à l'établissement de ce rapport pour fournir les informations nécessaires et enfin coopérer pour résoudre ces questions en suspens, afin que l'Agence puisse fournir l'assurance du caractère exclusivement pacifique du programme nucléaire iranien et que le Conseil des gouverneurs puisse clore l'examen de ce sujet. Dans le cas inverse, le Conseil des Gouverneurs devra maintenir sa mobilisation pour faire face au défi que représente le refus persistant de l'Iran de respecter ses obligations de vérification nucléaire au titre du TNP, y compris pour la crédibilité du régime international de garanties de l'AIEA.

Nous avons pris note avec une grande inquiétude des déclarations faites par l'Iran le 22 novembre 2024. Au lieu de répondre à la résolution par la coopération, l'Iran prévoit d'y répondre par une nouvelle expansion de son programme nucléaire, par des mesures qui n'ont aucune justification pacifique crédible. Nous attendons de l'Iran qu'il s'engage à nouveau dans une voie de dialogue et de coopération avec l'AIEA./.

Retour sommaire


6. Point de presse du porte-parole - Journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes (Paris, 25/11/2024)

Au point de presse de ce jour, le porte-parole a fait la déclaration suivante :

1 - Journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes (25 novembre 2024)

En cette Journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes, la France réaffirme sa mobilisation contre toutes les formes de violences à leur égard, afin que leur dignité, leur intégrité et leur autonomie soient respectées au même titre que celles des hommes. La France accueillera également à Paris la prochaine Conférence des politiques étrangères féministes, afin de renforcer l'action internationale en faveur de l'égalité et lutter contre toutes les formes de violences à l'égard des femmes.

Pour rappeler et souligner la constance de ses engagements tout au long de l'année, le Quai d'Orsay sera illuminé en orange ce lundi soir, couleur symbolique de la lutte contre les violences faites aux femmes et aux filles.

Contre toutes les violences faites aux femmes et aux filles

La France soutient l'universalisation de la Convention d'Istanbul sur la prévention et la lutte contre la violence à l'égard des femmes et la violence domestique.

Ce 25 novembre 2024, les femmes et les filles continuent d'être affectées de manière disproportionnée par les violences. Elles sont les premières victimes des conflits dans de nombreuses régions, notamment à Gaza, au Liban, au Soudan, en République démocratique du Congo, en Ukraine, en Birmanie et dans d'autres régions du monde. En Afghanistan, elles font l'objet de violences et d'une politique de ségrégation intolérable par les Talibans depuis leur prise de pouvoir par la force, il y a plus de trois ans.

Agir contre les violences à l'égard des femmes et des filles, c'est aussi lutter contre l'impunité de leurs auteurs. C'est l'objectif de l'Agenda "Femmes, paix et sécurité" des Nations unies, que la France soutient pleinement à travers son plan national d'action dont l'un des piliers est la protection des femmes et des filles dans les conflits.

Favoriser l'autonomie et agir pour les libertés des femmes

De même, la France soutient les organisations féministes qui oeuvrent au contact direct des populations, en particulier en Afrique francophone, dans la mise en oeuvre de projets d'autonomisation et de résilience, à travers le Fonds de soutien aux organisations féministes, instrument incontournable de la diplomatie féministe de la France, qui a engagé 194 millions d'euros entre 2020 et 2023.

Eliminer la violence à l'égard des femmes, c'est aussi s'assurer qu'elles puissent disposer librement de leur corps. Aussi, le 8 mars 2024, la France a inscrit dans sa Constitution la liberté de recourir à l'interruption volontaire de grossesse, afin qu'aucun retour en arrière ne soit possible.

Dans l'espace numérique aussi

Parce qu'il est essentiel d'agir aussi dans l'espace numérique, la France a porté avec les Pays-Bas une résolution en ce sens lors de la prochaine à l'Assemblée générale des Nations unies visant à lutter contre les menaces en ligne, telles que le cyberharcèlement ou les deepfakes, et à développer l'éducation et la formation au numérique. En 2025, Le Sommet pour l'action sur l'Intelligence Artificielle, à Paris, en 2025, mettra les femmes au centre des enjeux numériques et à renforcer leur participation à tous les processus décisionnels comme le prévoit la recommandation générale n°40 du Comité CEDAW.

Un ministère engagé

Ces priorités, le ministère de l'Europe et des affaires étrangères les porte aussi en tant qu'employeur, en mettant en oeuvre des formations internes afin de renforcer la prévention et l'accompagnement de ses agents, en France comme à l'étranger./.

Retour sommaire


7. Liban - Tirs de roquettes sur la Force intérimaire des Nations unies (FINUL) - Déclaration du porte-parole du ministère de l'Europe et des affaires étrangères (Paris, 24/11/2024)

La France condamne les tirs de roquettes, probablement du Hezbollah, qui ont blessé quatre casques bleus italiens de la FINUL vendredi 22 novembre.

Alors que plusieurs patrouilles ont subi ce type d'incidents ces dernières semaines, la France rappelle qu'il est impératif que la FINUL puisse exercer sa liberté de mouvement afin qu'elle mette pleinement en oeuvre son mandat.

La France rappelle que la protection des casques bleus, la sûreté et la sécurité des personnels, des biens et des locaux des Nations unies doit être assurée.

Toute attaque contre les casques bleus de la FINUL constitue une violation du droit international et de la résolution 1701.

La France salue le courage, le professionnalisme et l'engagement continu de la FINUL dans ce contexte difficile.

La France continue d'oeuvrer activement pour un cessez-le-feu au Liban et la pleine mise en oeuvre de la résolution 1701./.

Retour sommaire


8. Algérie - Commerce extérieur - Entretien de Mme Sophie Primas, ministre déléguée auprès du ministre de l'Europe et des affaires étrangères, chargée du commerce extérieur et des Français de l'étranger, avec "France Info" (Paris, 25/11/2024)

Q - Bonjour, Sophie Primas.

R - Bonjour.

Q - Un mot, pour commencer, sur Boualem Sansal, l'écrivain franco-algérien détenu depuis plus d'une semaine en Algérie. Est-ce que vous avez des nouvelles ?

R - Alors, à titre personnel, je n'ai pas de nouvelles et nous sommes évidemment extrêmement inquiets de cette situation. Nous voyons bien la valeur symbolique de cette arrestation. Nous savons maintenant qu'il est arrêté, mais nous ne savons pas s'il est défendu, nous ne savons pas s'il va passer devant un juge. Nous avons peu d'informations. Et nous sommes évidemment très inquiets pour cet homme, qui a une audience libre en France, qui a pris cette nationalité depuis peu. Nous suivons ce dossier avec beaucoup d'attention, avec Jean-Noël Barrot.

Q - J'imagine. Demain, l'Assemblée nationale organise un débat suivi d'un vote sur l'accord commercial du Mercosur entre l'Union européenne et certains pays d'Amérique latine. Ce vote sera sans effet parce que, en fait, c'est un accord européen. Est-ce que ce n'est pas cosmétique de voter ?

R - Je pense que c'est très important, en tout cas pour Annie Genevard, pour Jean-Noël Barrot, pour moi-même, pour le Premier ministre, qui sommes sur ce dossier avec beaucoup d'attention, chaque jour. C'est très important d'avoir ce vote du Parlement - Assemblée nationale et Sénat - pour redire l'unité de la nation. C'est assez rare, l'unité de la nation, en ces temps politiques tourmentés. Et c'est très important pour nous de nous sentir épaulés par l'ensemble du Parlement. Il y a eu des tribunes qui ont été signées par plus de 600 parlementaires. C'est une force supplémentaire qui nous est donnée pour négocier avec l'Union européenne.

Q - Alors, vous dites "l'unité de la nation" et vous dites aussi "négocier avec l'Union européenne". Emmanuel Macron a dit qu'il ne signera pas, en état, cet accord. Mais la France est quand même extrêmement isolée en Europe. Elle doit réunir une minorité de blocage. Cela veut dire quoi ? C'est quatre Etats au minimum qui représentent 35% de la population européenne. Vous en êtes où ? Est-ce que vous avez votre quota ? Est-ce que vous avez votre nombre d'Etats et votre pourcentage ?

R - Il y a plusieurs choses dans ce que vous dites. D'abord, je veux vous dire, la France n'est pas isolée. Elle est probablement la plus vocale, celle qu'on entend le plus et qui s'exprime le plus sur cet accord. Mais il y a, aujourd'hui, des Etats qui ne souhaitent pas qu'on les nomme, qui ne veulent pas être en porte-à-faux vis-à-vis de l'Union européenne, mais qui s'inquiètent pour les mêmes raisons que la France.

Q - Mais est-ce qu'ils vont sortir du placard, si je puis dire ? Est-ce qu'ils vont s'aligner avec la France ?

R - Je vais laisser la liberté à chacun, mais certains ont déjà dit qu'ils ne signeraient pas l'accord en l'état et que cet accord ne leur convenait pas. Donc ne croyez...

Q - Lesquels ?

R - Je ne vais pas donner de noms parce que je respecte le fait qu'ils n'ont pas envie d'être vocaux. Donc je les respecte dans leur stratégie à eux. Nous, nous donnons nos réponses, nous donnons notre position. Elle est, effectivement, que nous ne pouvons pas signer cet accord en l'état avec le Mercosur.

Q - Mais ça fait 19 ans...

R - 25.

Q - 25 ans ? J'en oublie au passage. Mais 25 ans qu'on négocie, que la France finalement n'a pas été capable d'imposer ses conditions pour que cet accord soit acceptable ?

R - En fait, vous savez, une négociation qui dure 25 ans... Ça ne vous a pas échappé que le monde change, en 25 ans. Et ce qui pouvait être des conditions acceptables en 1999 - ou quatre ans ou trois ans après - au terme de négociations déjà de quatre ou cinq ans, n'est plus du tout acceptable aujourd'hui parce qu'il s'agit d'une cohérence, en fait, des politiques publiques qui sont menées en Europe, et notamment du point de vue environnemental. On ne peut pas être les mieux-disants de la planète en termes de normes, en termes de volonté de répondre à la lutte contre le changement climatique et à la sauvegarde de la biodiversité et, en même temps, accepter que des produits qui sont produits ailleurs qu'en Europe, avec des conditions normatives qui sont différentes, entrent dans notre pays sans contrainte.

Q - Donc on ne signera pas un accord. Alors je vais me faire l'avocat du diable en l'occurrence, mais tant pis si c'est bon pour nos vins, c'est bon pour nos fromages, c'est bon pour notre industrie du luxe et puis tant pis si c'est la Chine qui récupère le marché à l'arrivée ?

R - Vous avez raison de dire que cet accord... Il ne faut pas jeter le bébé avec l'eau du bain, si vous me permettez l'expression. Il y a, dans cet accord, des secteurs d'activités qui sont bénéficiaires : les services, une partie de l'industrie et même dans l'agriculture, un certain nombre de catégories. Mais nous sommes plutôt sur une position de défense des filières qui sont les plus menacées, ou en tout cas les plus fragiles. Je pense à la viande bovine, évidemment, mais je pense aussi à la volaille, je pense au sucre, à l'éthanol. Nous sommes en défense, aussi, de ces catégories-là. Mais nous sommes surtout sur une question de principe, qui est la cohérence de nos politiques publiques européennes. Encore une fois, on ne peut pas être les mieux-disants et accepter que des produits rentrent, qui soient des produits moins-disants.

Q - Ça se durcit aussi avec la Chine. En riposte aux surtaxes sur les importations de voitures chinoises en Union européenne, la Chine a décidé de taxer les importations de cognac. Jusqu'à quand ?

R - C'est une excellente question. Je me suis rendue à Shanghai il y a quelques jours, d'abord pour soutenir les entreprises françaises qui étaient exposantes à une grande foire de l'importation chinoise et, deuxièmement, pour dire au Gouvernement chinois que nous ne comprenions pas en fait leur décision, que nous trouvions cela injuste et infondé, puisqu'en réalité, le marché européen ne se ferme pas aux véhicules électriques chinois. Nous avons rétabli un certain nombre d'éléments de concurrence déloyale, marque à marque, avec des taux de taxation différents en fonction des subventions qui ont été données aux constructeurs chinois. Et effectivement, en coercition, on va dire, la Chine, de façon tout à fait injuste, a bien taxé les cognacs français, évidemment qui ne concernent que la France, alors que les véhicules électriques, c'était une décision européenne, et avec une raison qui est celle du dumping. Evidemment, on ne vend pas les cognacs à bas prix en Chine, donc c'est une raison...

Q - Vous avez bon espoir que la Chine revienne sur sa décision ?

R - À Shanghai, on a ouvert la voie de la négociation. On a vu que la Chine nous entendait, puisqu'elle nous a envoyé des signes, notamment sur les dépôts de trésorerie qui sont devenus des dépôts de garantie. Peu importe. Elle nous a envoyé des signes. Les présidents Xi Jinping et [Emmanuel] Macron en ont parlé lors du G20 et nous sommes dans la phase de négociation.

(...)

Q - Merci beaucoup Sophie Primas. Bonne journée à vous.

R - Merci./.

Retour sommaire


9. Commerce extérieur - Entretien avec Mme Sophie Primas, ministre déléguée auprès du ministre de l'Europe et des affaires étrangères, chargée du commerce extérieur et des Français de l'étranger, publié par "Les Echos" (Bruxelles, 21/11/2024)

=Propos recueillis par Karl de Meyer=

La ministre du Commerce extérieur appelle à un renouveau des accords commerciaux européens, pour gagner en cohérence avec les politiques publiques de développement durable. Elle souhaite des textes plus offensifs, moins empreints de naïveté. Plutôt que des accords globaux comme le Mercosur, elle plaide également pour plus d'accords bilatéraux, voire sectoriels.

Q - Aujourd'hui, à Bruxelles, qu'avez-vous dit à vos homologues sur la position de la France quant à l'accord de commerce UE-Mercosur ?

R - J'ai redit que l'accord n'était pas acceptable en l'état. Pour nous, il n'est pas finalisé. Un point essentiel est pour nous bloquant : le respect des accords de Paris. Le texte doit inclure un outil de règlement des différends qui permette, si on observe leur non-application, une suspension de l'accord Mercosur. C'est un sujet majeur, une question de cohérence des politiques européennes. On ne peut pas avoir les plus fortes ambitions au monde sur les normes sanitaires, le bien-être animal, les produits phytosanitaires, et faire entrer sur notre marché des produits qui n'ont pas eu les mêmes contraintes. Les Français ne le comprendraient pas, les agriculteurs ne le comprendraient pas.

Q - Avez-vous d'autres lignes rouges ?

R - Les contrôles sanitaires. Les analyses faites au sein des pays d'exportations vers l'Europe, ou à la frontière, sont insuffisantes, comme l'a montré une récente étude de la direction de la santé en France.

Q - Mais ne faut-il pas faire des concessions sur l'agriculture pour obtenir des avancées sur d'autres secteurs, arrimer l'Amérique latine au camp occidental, contrer l'influence de la Chine ?

R - Les agriculteurs expliquent qu'au fil des accords, c'est toujours leurs intérêts qu'on sacrifie. Ils sont toujours dans la colonne des moins. Par ailleurs j'attends de voir le résultat des négociations sur le volet industriel qui pose des difficultés au Mercosur.

Q - L'accord dit "Ceta" avec le Canada ne s'est-il pas révélé bénéfique pour la filière agricole française ?

R - Au niveau de la filière entière, oui, mais il y a des parties perdantes. Des filières fragiles comme la viande bovine. Le message de la France à l'UE, c'est qu'il faut faire attention à ces exploitants. Globalement, les effets négatifs qui étaient craints il y a 7 ans ne se sont pas produits. Nous avons pu constater depuis les bénéfices de cet accord pour notre économie et nos filières.

Q - Sur le Mercosur, qui est du côté de la France à la table du Conseil ?

R - Il y a un certain nombre d'Etats membres qui n'expriment pas publiquement leur opposition, mais disent qu'ils ont besoin de réassurances, qui mettent des conditions. La France discute avec eux, à Bruxelles, chez eux. Nous laissons aussi les milieux agricoles et les ONG faire leur travail d'information. De l'autre côté de l'océan aussi, il y a des hésitations. Le président argentin voit les risques pour son industrie, comprend qu'il sera moins libre en termes de législation environnementale.

Q - Au début de nouveau cycle européen, quel est le message général des ministres sur la politique commerciale de l'UE ?

R - Nous lançons clairement un appel à un renouveau des accords commerciaux, mais à des textes qui soient à la fois plus en cohérence avec nos politiques publiques de développement durable, et plus offensifs, moins empreints de naïveté. Chacun est conscient que nous entrons dans un monde plus fermé, de rivalité croissante entre la Chine et les Etats-Unis. La France est favorable aux accords de libre-échange, tant qu'on les rénove sur la forme. Il nous faut moins d'accords globaux qui mettent 25 ans à aboutir comme le Mercosur, plus d'accords bilatéraux, voire sectoriels. Cela nous permettra d'être plus agiles, plus réactifs et de faire du business plus vite.

Q - Et face à la prochaine administration américaine, quelle attitude adopter ?

R - Donald Trump a été très largement élu et il faut se mettre dans une position qui convient au tempérament qu'il a démontré pendant son premier mandat. D'abord identifier ses intentions, dans une posture de dialogue. Nous devons être en position de nous défendre avec nos outils de défense commerciale. Cela s'applique donc au premier chef à notre premier partenaire commercial, dont l'économie dépend, elle aussi, de l'accès au marché européen.

Q - Trump va probablement tenter de diviser les Vingt-Sept...

R - Evidemment. Voyez ce message d'Elon Musk, sur X, aujourd'hui, dans lequel il insiste sur l'ampleur de la contribution allemande au budget européen. Nous ne voulons pas tomber dans ce genre de piège. Je rappelle au passage que les discussions commerciales avec l'administration Biden n'étaient pas aisées non plus.

Q - Et par rapport à la Chine, l'autre superpuissance commerciale ?

R - Quand j'étais en Chine, j'ai expliqué à mon homologue que personne n'a rien à gagner d'une escalade tarifaire. Mais s'ils nous poussent, nous serons prêts, comme nous l'avons montré avec les droits sur les véhicules électriques. Il faut absolument tenir le cap sur cette mesure, sous peine de perdre notre crédibilité. Il y a dix ans, nous leur avons cédé sur les panneaux photovoltaïques et ce fut un désastre. Je suis confiante car la Chine est dans une situation économique difficile avec d'importants surplus de production. Les Chinois ont autant besoin de nous que nous d'eux, surtout au moment où les Etats-Unis se ferment. Nous, nous ne nous fermons pas mais appliquons des correctifs pour rétablir une concurrence loyale.

Q - Les Européens ont-ils tendance à se sous-estimer ?

R - Je souhaite que les Européens cessent de se dire eux-mêmes fragiles, divisés. La vérité, c'est que nous sommes 450 millions de consommateurs et que nous savons prendre des décisions fortes. L'UE doit s'affirmer comme puissance mondiale.

Q - L'Italie est devenue 4e exportateur mondial. Que peuvent apprendre les entreprises françaises de leurs concurrents de la Botte ?

R - L'Italie est bien meilleure sur l'exportation de ses ETI et de ses PME. Il y a aussi chez les chefs d'entreprise une forte culture de l'export. En France, il faut plus souvent aller les chercher, les aider, les accompagner. Business France fait ce travail mais je souhaite qu'on approfondisse./.

Retour sommaire


10. Environnement - COP29 Climat - Annonce de l'institutionnalisation du Conseil intergouvernemental Bâtiment et Climat pour réunir les ministres en charge de la décarbonation et résilience du secteur du bâtiment et suivre la mise en oeuvre de la Déclaration de Chaillot - Communiqué de presse du ministère de la transition écologique, de l'énergie, du climat et de la prévention des risques (Paris, 22/11/2024)

Le secteur du bâtiment et de la construction est fortement émetteur de gaz à effet de serre (GES) avec, selon le GIEC, 21% des émissions directes et indirectes et plus de 34% de la demande énergétique. C'est un secteur devant répondre à une forte demande de logements et de bâtiments tertiaires : d'ici 2060, la surface des bâtiments devrait doubler avec plus de 230 milliards de m² additionnels, en majorité dans les pays en développement et les économies émergentes. C'est enfin un secteur fortement exposé : d'ici 2050, le coût du changement climatique pourrait représenter de l'ordre de 6% de la valeur du secteur immobilier, soit 20 à 25 trillions USD, et de nombreux bâtiments pourraient ne plus pouvoir être assurés.

La Déclaration de Chaillot, issue du premier Forum mondial sur les bâtiments et le climat, qui s'est tenu à Paris les 7 et 8 mars 2024, reconnait le rôle critique du secteur du bâtiment et de la construction pour l'action mondiale pour le climat et pour une transition juste, afin d'atteindre les objectifs de l'Accord de Paris et les objectifs de développement durable des Nations unies. Elle établit une vision commune et politique des enjeux, des mesures et des collaborations internationales pour cette transformation, dont la création d'un Conseil intergouvernemental pour le bâtiment et Climat (ou ICBC).

Le Conseil intergouvernemental pour les bâtiments et le climat réunira les Etats membres signataires de la Déclaration de Chaillot et des pays observateurs. Il vise à partager les meilleures pratiques en matière de réglementations ou d'initiatives réussies afin de stimuler l'apprentissage entre les pays et formuler des recommandations sur des thématiques prioritaires. L'ICBC vient compléter l'Alliance mondiale bâtiments et construction (plateforme climat du secteur du bâtiment), et le Buildings Breakthrough.

Trois pays - le Brésil, le Kenya, et la France - se sont portés volontaires pour participer à la troïka assurant la coprésidence initiale de ce conseil et en faciliter les travaux ainsi que l'organisation du prochain Forum mondial sur les bâtiments et le climat.

"La France est résolument engagée en faveur de la décarbonation des bâtiments avec la mise en place de règles particulièrement ambitieuses pour l'efficacité énergétique des bâtiments. Il faut maintenant une mobilisation mondiale pour relever les défis climatiques de ce secteur. Depuis la COP21, la France a oeuvré, avec de nombreux autres pays et organisations pour établir un cadre de collaboration multilatérale et ainsi accélérer la décarbonation et la résilience climatique des bâtiments. L'institutionnalisation du Conseil intergouvernemental pour le bâtiment et le climat, en application de la Déclaration de Chaillot, en est une étape politique importante. Notre ambition est de faire de l'ICBC un outil au service des ministres en charge de cette transformation.", a déclaré Agnès Pannier-Runacher, ministre de la transition écologique, de l'énergie, du climat et de la prévention des risques de la France.

"Le Kenya se trouve actuellement à un moment charnière dans ses efforts de lutte contre le changement climatique, tout particulièrement en ce qui concerne le secteur de la construction. Nous avons réalisé des progrès significatifs et fait preuve d'un engagement intense pour façonner les réponses globales au changement climatique, ainsi que pour faire progresser le développement durable grâce à notre initiative Vision 2030, qui donne la priorité fondamentale à la durabilité environnementale. Dans le cadre de son engagement à mettre en oeuvre la Déclaration de Chaillot, le Kenya est prêt à intensifier ses efforts pour intégrer les considérations climatiques dans les pratiques de construction et promouvoir les technologies vertes. En tant que pays en développement, nous sommes conscients des défis particuliers que les nations aux ressources limitées doivent relever dans la lutte contre le changement climatique. Assumer le rôle de chef de file au sein de l'ICBC avec nos partenaires de la troïka devrait améliorer la coordination de nos initiatives et renforcer notre coopération internationale pour parvenir à un qui tienne compte des considérations climatiques.", a déclaré Alice Wahome, ministre des territoires, des travaux publics, du logement et du développement urbain du Kenya.

"En ligne avec notre engagement pour la Déclaration de Chaillot, nous sommes convaincus que le secteur de la construction a le potentiel d'atténuer les effets du changement climatique et de contribuer aux objectifs de l'Accord de Paris. Les programmes de logements sociaux sont importants à cet égard. Grâce au nouveau Programme financier fédéral (PAC), les investissements dans la requalification urbaine des bidonvilles et dans les logements sociaux constituent des initiatives cruciales pour soutenir les familles vulnérables en faveur de la construction et la rénovation de bâtiments résidentiels. Il n'y aura pas de justice climatique sans justice sociale. C'est pourquoi les efforts et l'engagement social des acteurs locaux sont déterminants dans le processus de réaffirmation de la Déclaration de Chaillot.", a déclaré Jader Barbalho Filho, ministre des villes du Brésil.

Les 64 pays signataires de la Déclaration de Chaillot sont invités à nommer leurs représentants au sein du Conseil intergouvernemental bâtiment et climat.

Les pays ayant nommé au 20 novembre 2024 des représentants (liste provisoire) sont :

Pour les 40 Etats membres : Allemagne, Brésil, Bulgarie, Cambodge, Canada, Corée, Costa Rica, Côte d'Ivoire, Croatie, Danemark, Espagne, Estonie, Etats-Unis, France, Gabon, Ghana, Grèce, Italie, Japon, Jordanie, Kenya, Kosovo, Lettonie, Liberia, Lituanie, Malte, Maroc, Mongolie, Monténégro, Ouganda, Pays-Bas, Pologne, Samoa, Sénégal, Somalie, Sri Lanka, Tchéquie, Tunisie, Uruguay, Zambie.

Pour les 10 Etats observateurs : Afrique du Sud, Algérie, Madagascar, Maldives, Moldavie, République dominicaine, Suriname, Territoires palestiniens, Ukraine + Commission Européenne.

Pour plus de détails sur l'ICBC: https://globalabc.org/intergovernmental-council-buildings-and-climate

La GlobalABC, est la plateforme permanente du secteur du Bâtiment sur le climat et promeut un secteur du bâtiment et de la construction à zéro émission, efficace et résilient pour tous. Lancée à la COP21, elle réunit 290 membres et est coprésidée par la France et le World Business Council for Sustainable Development (WBCSD). Son secrétariat est hébergé à l'UNEP. La GlobalABC publie chaque année le "Buildings and Climate - Global Status Report", document de référence sur l'état de transformation du secteur. Plus de 30 pays appliquent le cadre type de feuille de route de la GlobalABC pour développer leur stratégie "bâtiment-climat". La GlobalABC organise depuis la COP26 un pavillon "Bâtiment", et organise la réflexion et publie des recommandations grâce aux travaux de ses 10 hubs ou action groups thématiques : adaptation, matériaux, transformation des marchés, données, finance, chauffage propre, sobriété, gouvernements locaux, et conception passive (voir le site www.globalabc.org)

Le Buildings Breakthrough, est la collaboration technique sur des actions internationales prioritaires qui vise à ce que les bâtiments neufs et les rénovations lourdes proches de zéro émission et résilients soient la nouvelle norme d'ici 2030. Lancée récemment à la COP28, elle réunit des pays avancés et des initiatives leaders, et est coprésidée par la France et le Maroc. Son secrétariat est assuré par le secrétariat de la GlobalABC. Chaque année, un état d'avancement de ses travaux et d'autres initiatives, ainsi que des recommandations de collaboration forment le chapitre bâtiment du breakthrough agenda report rédigé par l'AIE. Les actions prioritaires concernent les normes, la commande, la finance, la recherche et la formation./.

(Source : site Internet du ministère de la transition écologique, de l'énergie, du climat et de la prévention des risques)

Retour sommaire